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Malpertuis

 

Mai 1992 – Petit Théâtre de l’Opéra Royal de Liège.
Reprise mai 1993 – Foyer culturel « Les Chiroux » - Liège.

Pour cette deuxième création, j’ai lu et relu le chef d’œuvre de Jean Ray qui m’avait impressionné quelques années plus tôt et j’ai procédé à un découpage très précis des textes en m’inspirant de cette histoire.

 

Au contraire de « Noche de Baile » qui était muet, les comédiens ont pu ici se régaler du très beau texte du maître du fantastique belge.
En opposition également avec le premier spectacle qui était ironique, fantaisiste et tout en chaleur grâce à l’utilisation de la musique de Piazzola, les musiques et les bruitages ont été choisis pour créer un climat froid, sombre et lourd qui convient au propos.


Les musiques ont été tirées des œuvres de Mozart, Purcell, Michael Nyman et les stabat mater originaux.


J’ai mêlé les danseurs et les comédiens à qui j’ai attribué un personnage et il n’y a pas de séparation entre la danse et le théâtre.
Ils incarnent chacun une forme humaine qui n’est en fait qu’une couverture, une enveloppe charnelle qui dissimule une nature divine.
Malpertuis est le lieu d’une certaine juxtaposition de deux mondes d’essence différente.
Tout le jeu durant le spectacle est de deviner quel dieu se cache sous quelle enveloppe.


Des indices sont donnés tout au long de la pièce.
Le personnage de Jean-Jacques qui est aussi innocent que le public, les découvre petit à petit.

                                                          

Distribution :


1992 : Shariff Andoura, Alain Dormal, Emilio Florès, Frédéric Lambert, Raphaël Lanza, Eric Malherbe, Delphine Martin, Virginie Pirlet, Muriel Redouté, Natacha Safarian, David Skrobanski, Isabelle Vekemans, Lara Vigneron.

 

1993 :Alain Caprioli, Angélique Chartry, Gaétan D’Agostini, Patrick Devos, Chantal De Planter-Denil, Kristina Economopoulos, Béatrice Janssen, Nathalie Lallemand, Bruno Laurent, Eric Lefevre, Eric Malherbe, Stéphanie Noez, Tatiana Papakosta, Olivier Palgen, Philippe Peters, Audrey Robert, Jacques Urbanska, Geoffroy Veraghaenne.

Synopsis

1ère partie : Jean-Jacques.

Dans sa chambre de Malpertuis, oncle Cassave( Philippe Peters) va mourir et il le sait…Alors il convoque tous les siens et promet à chacun une rente mirifique à condition qu’ils viennent vivre ici, dans sa chère vieille maison…
Un terrible huis clos commence où l’entente ne règne guère entre les personnages un peu étranges de cette demeure.
Jean-Jacques Grandsire( Eric Malherbe), neveu de l’oncle Cassave et jeune homme un peu naïf, ne comprend pas ce qui se prépare, la terrible vérité qui va surgir d’un jour à l’autre, d’une nuit à l’autre…


Il voit les dames Cormélon (Stéphanie Noez, Tatiana Papakosta, Kristina Economopoulos) comme trois vieilles filles sèches un peu mauvaises, la tante Sylvie comme une femme quelconque qui fut jadis vaguement jolie, mais il n’a de regards que pour sa cousine Euryale (Nathalie Lallemand) qui est d’une froide et terrible beauté.


Il aime Alice( Tatiana Papakosta) en cachette, mais il surprend l’oncle Dideloo (Alain Caprioli) lui écrivant afin de la contraindre à se rendre à ses rendez-vous sous peine de la nommer « Alecta ».
C’est encore Jean-Jacques qui est témoin de la jalousie de sa cousine Euryale.
C’est aussi lui qui découvrira les trois dépouilles mortelles : celle de l’oncle Dideloo, celle de Mathias Krook (Patrick Devos), le commis du magasin de couleurs attenant à Malpertuis et celle de l’informe Tchiek, le serviteur des Griboins (Olivier Palgen et Audrey Robert).

 

Le soir de Noël, Jean-Jacques s’enfuit, affolé en découvrant la transformation des dames Cormélon littéralement en trois « Furies ».
Et ça ne fait que commencer…

 

2ème partie : le couvent des Pères Blancs

Il rencontre Bets ( Béatrice Janssen), une humble serveuse de taverne, en qui il trouve une confidente attentive à qui il narre toute l’aventure qu’il a vécu à Malpertuis.
Elle promet de l’aider et le conduit au couvent des Pères Blancs où il trouve refuge.
C’est alors qu’apparaît l’Abbé Doucedame (Gaétan D’Agostini) qui est à la recherche de Jean-Jacques Grandsire et qui espère le protéger contre les forces du mal. Il explique au Père Euchère (Jacques Urbanska), supérieur du moutier des Pères Blancs, la terrible malédiction qui plane sur sa famille depuis plusieurs générations.


Il lui raconte aussi l’aventure qui est arrivée à son grand-père Doucedame-le-vieil qui, sur les ordres de Quentin Moretus Cassave, équipa un navire et partit pour la mer de l’Attique.
Les instructions étaient pour le moins étranges.
Il leur fallait retrouver les dieux mourants de la Grèce antique !

 

 

La maison de Malpertuis

Elle est là avec ses énormes loges en balcon, ses perrons flanqués de massives rampes de pierre, ses tourelles crucifères, ses fenêtres géminées à croisillons, ses sculptures grimaçantes de guivres et de tarasques, ses portes cloutées.
Elle sue la morgue des grands qui l’habitent et la terreur de ceux qui la frôlent.
Sa façade est un masque grave, où l’on cherche en vain quelque sérénité,  c’est un visage tordu de fièvre, d’angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu’il y a d’abominable derrière lui.
Les hommes qui s’endorment dans ses immenses chambres s’offrent au cauchemar, ceux qui y passent leurs jours doivent s’habituer à la compagnie d’ombres atroces de suppliciés, d’écorchés vivants, d’emmurés…

Je suis entré dans Malpertuis, je lui appartiens, elle ne fait aucun mystère de son intérieur.
Aucune porte ne s’y obstine à rester close, aucune salle ne se refuse à ma curiosité, il n’y a ni chambre interdite, ni passage secret, et pourtant…
Pourtant, elle restera mystère à chaque pas, et elle entourera chaque pas d’une prison mouvante de ténèbres.

On ne peut prétendre que les heures d’effroi se suivaient, dans Malpertuis, selon une norme inexorable, qu’elles adoptaient, dans l’épouvante, une régularité de marées ou de phases lunaires, comme dans la fatale maison des Atrides.
On serait enclin à invoquer le phénomène des interférences, pour essayer le flux et le reflux dans le déchaînement des forces mauvaises de Malpertuis.
L’Abbé Doucedame a parlé d’un certain « pli dans l’espace » pour expliquer la juxtaposition de deux mondes d’essence différente dont Malpertuis serait l’abominable lieu de contact.
Il y a donc des trêves dans le malheur et l’abomination pendant lesquelles l’esprit des ténèbres se recueille ou nous oublie, nous laisse jouir de paix et de quiétude.

                                                      (Jean Ray)